Le Musée de Préhistoire de Terra Amata est actuellement fermé pour travaux (accessibilité). Il accueillera à nouveau les visiteurs à compter de l'automne 2026.

Reconstitution

Le site acheuléen de Terra Amata

L’espace muséal de Terra Amata est installé, à Nice (France), sur le lieu même de la fouille du site du même nom qui a livré parmi les plus anciens foyers de l’histoire de l’humanité, datant de 400 000 ans.

Terra Amata, une aventure scientifique et humaine

Au milieu du XIXe siècle, durant les travaux de percement de la route de Villefranche (maintenant boulevard Carnot), une molaire de rhinocéros, des coquilles terrestres et des restes d’éléphants sont découverts dans des dépôts quaternaires à proximité de l’emplacement du site de Terra Amata, sur la propriété d’un certain Michel Milon.

En 1958, les coupes quaternaires, visibles dans un chantier abandonné dans le quartier de Terra Amata, suscitent l’intérêt des géologues. Des études sont conduites par Jacques Bourcart et Michel Siffre, puis par Georges Iaworsky qui remarque la présence de restes de faunes et d’industries anciennes, dont un premier biface. En 1961, Henry de Lumley étudie également cette coupe ainsi que Jean-Claude Miskovsky en 1963. Cependant, il faut attendre l’année 1965 et la reprise des travaux de terrassement en vue de la construction d’un immeuble, le « Palais Carnot », pour que le site de Terra Amata soit réellement révélé par Henry de Lumley et son équipe lors d’une prospection dans le chantier.

Les travaux sont alors arrêtés et une fouille de sauvetage commence le 28 janvier 1966 sous la direction d’Henry de Lumley, alors chercheur au Centre National de Recherche Scientifique. Le chantier devait, dans un premier temps, durer un mois. Compte tenu de l’importance des découvertes, il sera prolongé et ne s’achèvera que le 5 juillet 1966.

Un travail considérable est réalisé : près de 210 m3 de terre remués au pinceau et à la truelle sur une surface de 120 m2, 21 niveaux d’habitat dégagés, plus de 28 000 objets coordonnés en x, y et z, puis reportés sur plan, 90 m2 de sols archéologiques moulés, 9 000 photographies prises et 1 200 m2 de coupes relevés…

Le site de Terra Amata, à la rencontre des premiers niçois

Le site de Terra Amata est un gisement exceptionnel pour la compréhension du Pléistocène moyen dans le sud de la France. Il peut être situé à la transition entre le stade isotopique 11 et l’extrême début du stade isotopique 10, c’est-à-dire entre 400 000 et 380 000 ans.

À Terra Amata, la faune comprend une association caractéristique d’une période tempérée du Pléistocène moyen médian : ours brun (Ursus arctos), cerf élaphe (Cervus elaphus), daim de Clacton (Dama clactoniana), aurochs (Bos primigenius), thar de Bonal (Hemitragus bonali), sanglier (Sus scrofa), rhinocéros de prairie (Stephanorhinus hemitoechus) et éléphant antique (Elephas antiquus).

Les études interdisciplinaires effectuées sur le site de Terra Amata et sur son matériel archéologique et paléontologique permettent d’attribuer un âge au cordon littoral C1a et à la dune C1b, qui ont tous deux livré des industries acheuléennes.

Mandibule de sanglier découverte sur le site de Terra Amata. Crédit : Musée de Terra Amata / Ville de Nice.
Mandibule de sanglier découverte sur le site de Terra Amata. Crédit : Musée de Terra Amata / Ville de Nice.
Bois de cerf découvert sur le site de Terra Amata.
Bois de cerf découvert sur le site de Terra Amata – Crédit : E. Mélis / Ville de Nice.

L’analyse du paléomagnétisme des sédiments des dépôts du complexe stratigraphique C1 a mis en évidence une géopolarité magnétique normale qui montre que leur âge est plus récent que 790 000 ans.

Les études stratigraphiques des formations pléistocènes du mont Boron, et notamment de celles de Terra Amata, mettent en évidence que plusieurs grands cycles climatiques se sont succédés entre les dépôts des trois plages marines emboîtées à 26 mètres du site de Terra Amata et celui de la plage marine de la dernière période interglaciaire (stade isotopique 5) reconnu, à 12 mètres d’altitude, sur le site de la Villa Marcella. Ces études permettent de conclure que les formations pléistocènes du complexe stratigraphique C1 de Terra Amata sont bien antérieures au stade isotopique 5 (plage marine du site de la Villa Marcella), mais aussi au stade isotopique 7 (plage marine de la grotte du Lazaret).

L’étude technologique et typologique des outillages acheuléens, découverts en arrière et sur le cordon littoral C1a et dans la dune C1b, met en évidence que cette industrie lithique est plus ancienne que l’introduction de la technique Levallois dans le sud-est de la France, reconnue à partir de 320 000 ans, comme à Orgnac 3, par exemple.

L’étude biostratigraphique des faunes quaternaires de Terra Amata associées aux industries acheuléennes permet d’attribuer le site au Pléistocène moyen, en prenant en compte le rhinocéros de prairie (Stephanorhinus hemitoechus) et le thar (Hemitragus sp.). Plus précisément, la biostratigraphie et la morphologie dentaire du rhinocéros, proches de celles des populations les plus primitives de l’espèce Stephanorhinus hemitoechus, permettent d’attribuer à Terra Amata un âge plus ancien que celui d’Orgnac 3, daté de 330 000 à 300 000 ans.

Les datations effectuées par la méthode de la résonance de spin électronique sur des grains de quartz des sables marins du cordon littoral C1a ont donné un âge de 380 000 ± 80 000. L’âge du cordon littoral C1a de Terra Amata serait donc compris entre 460 000 et 300 000 ans, ce qui est en bon accord avec les données de la stratigraphie, de la technologie et de la typologie des outillages lithiques et de la biostratigraphie.

En conclusion, les sols d’occupation acheuléens superposés de Terra Amata sont situés chronologiquement dans une période de transition entre une grande période de réchauffement (stade isotopique 11) et une grande période de refroidissement de la planète à l’échelle globale (stade isotopique 10).

Compte tenu des données de la stratigraphie, de la technologie et de la typologie des outillages préhistoriques, de la biostratigraphie et de la datation par la méthode de la résonance de spin électronique, on peut attribuer un âge proche de 380 000 ans à la dune littorale C1b, qui correspond au début d’une régression de la mer (stade isotopique 11,3), et un âge proche de 400 000 ans au cordon littoral C1a, qui correspond à la fin d’une période de transgression de la mer (stade isotopique 11,24 à 10).

L’outillage exhumé à Terra Amata est caractérisé par la présence de très nombreux galets aménagés. Ils sont essentiellement représentés par des choppers de types variés. Les chopping-tools, peu nombreux dans les niveaux de la plage marine de l’ensemble stratigraphique C1a, deviennent extrêmement rares dans la dune littorale de l’ensemble stratigraphique C1b. Par ailleurs, la présence de pics est un élément caractéristique de l’industrie de Terra Amata. Les bifaces sont très rares et portent tous une base réservée en cortex. Des hachereaux, presque tous aménagés sur galet, exceptionnellement sur éclat, sont également à signaler.

L’outillage classique (micro-outillage) est essentiellement taillé sur éclat. Les racloirs sont bien représentés mais on rencontre également un pourcentage conséquent d’encoches et de denticulés. La présence de pointes de Tayac, de pointes de Quinson et de proto-limaces est également à noter.

L’étude des produits débitage montre que la méthode Levallois n’est pas représentée au sein de l’assemblage de Terra Amata.

Les nombreux remontages qui ont pu être réalisés suggèrent que le débitage était effectué sur le site. De même, les hommes ont principalement utilisé comme matière première les galets de calcaire, plus ou moins siliceux, qu’ils pouvaient trouver directement sur la plage. Cependant, certaines roches de bonne qualité comme certains silex, ont des origines bien plus lointaines, comme la région du Haut-Var par exemple, à plus de soixante kilomètres (à vol d’oiseau) du site de consommation.

Reconstitution
Reconstitution du site de Terra Amata, il y a 400 000 ans.
Crédit : M. Wilson / Ville de Nice.

À Terra Amata, 26 unités archéostratigraphiques superposées ont été individualisées grâce aux observations effectuées lors de la fouille, à l’étude des coupes stratigraphiques et à la réalisation de projections des vestiges archéologiques sur des plans verticaux.

Certains indices, mis en évidence lors de la fouille, autorisent à penser que des huttes en matériaux périssables ont été construites par les hommes pour se protéger. Ces structures ont pu être identifiées par la présence d’empreintes de piquets et de poteaux et par des lignes de pierres. Elles sont également soulignées par la répartition de l’outillage et des déchets culinaires qui jonchaient le sol de l’aire d’habitation. Les huttes, toujours ovales, pouvaient mesurer de 7 à 15 mètres de longueur sur 4 à 6 mètres de largeur.

Il ne semble pas qu’il y ait eu sur ce site des campements de longue durée. Les hommes paraissent s’être installés périodiquement dans la petite crique de Terra Amata, à la fin du printemps ou au début de l’automne.

Par ailleurs, le gisement de Terra Amata a livré des foyers aménagés qui témoignent des prémices de la domestication du feu par l’homme. Dans les habitats de la dune littorale de l’ensemble stratigraphique C1b, ces foyers étaient situés au centre des huttes. Leur aménagement s’effectuait soit par un dallage préalable du sol avec des galets, soit par le creusement de fosses de 30 à 50 cm de diamètre et de 15 cm de profondeur. Chaque foyer présentait du côté nord-ouest une petite murette, constituée de pierres ou de galets, probablement destinée à protéger le feu des courants d’air et particulièrement des vents du Nord-Ouest, encore dominants à notre époque. Ces foyers étaient de dimension restreinte. Dans les niveaux de la plage, des traces de combustion se limitaient à des cendres et des charbons de bois sans qu’il soit possible d’y déceler de véritables foyers organisés.

Foyer
Foyer mis au jour sur le site de Terra Amata.
Crédit : H. de Lumley / Ville de Nice.