Le briquet à silex et la percussion de l’acier
A partir du deuxième Age du Fer, un nouveau mode de production du feu apparaît en Europe : le briquet à silex. Cet objet, quasiment oublié aujourd'hui, a pourtant été le principal moyen d'allumage du feu durant la plus grande partie de notre histoire. En effet, la percussion d'un morceau d'acier contre le tranchant d’une roche dure, par exemple du silex, génère des étincelles susceptibles d'embraser une matière bien sèche, comme l'amadou.
Par souci d’esthétique mais aussi d’ergonomie (l’objet doit bien tenir en main lors de la percussion), la forme du briquet a beaucoup varié selon les régions et les périodes. Les plus sommaires ressemblent à une lame dont une seule extrémité est repliée. D'autres présentent l'aspect d'un D ou d'un B. Les plus beaux exemplaires s'ornent d'une poignée en bronze ou en argent décorée de motifs finement ouvragés. Dans certains cas, le briquet était associé à d'autres outils (pince à braise, lame de couteau, etc.) sur le principe de nos couteaux suisses. Dès le XVIe siècle, des systèmes mécaniques sont également mis au point pour automatiser le geste de percussion, comme le briquet à rouet et le briquet-pistolet.

Rapidement, une étincelle produite par la percussion du briquet d'acier sur l’éclat de silex tombe sur l'amadou et celui-ci s'embrase
(cliché : B. Roussel). |

L'étincelle est un minuscule copeau d'acier arraché par le silex. Chauffé et propulsé par la percussion, ce copeau brûle au contact de l'oxygène de l'air
(cliché : S. Bois). |

Briquet à poignée zoomorphe, époque moderne
(cliché : B. Roussel). |

Briquet et silex sur un des vitraux de la Sainte-Chapelle du Palais des Ducs et des Etats à Dijon
(cliché : B. Roussel). |
Outre l'éclat de silex, deux éléments sont nécessaires au fonctionnement du briquet : l'amadou et l'allumette.
L'amadou est une matière ouatinée qui se trouve à l'intérieur d'un champignon nommé l'amadouvier. Il s'embrase facilement au contact des étincelles du briquet. Toutefois, pour être utilisable, il doit être conservé à l'abri de l'humidité. Des cornes ou des boîtes à amadou étaient spécialement dédiées à sa conservation.
L'amadou ne fournit qu'une braise. Pour obtenir une véritable flamme, on utilisait, au moins depuis l'époque romaine, des "allumettes" ou "chènevottes". Il s'agissait de petits bâtonnets de bois aux extrémités enduites de soufre qui ne s'enflammaient qu'au contact d'un morceau d'amadou incandescent. Le mot "allumette" sera repris au XIXe siècle pour désigner les allumettes chimiques que nous utilisons encore aujourd'hui.

L'Amadouvier, Fomes fomentarius,
est un polypore assez commun dans nos forêts
(cliché : C.-L. Masson). |

L'allumette soufrée permet d'obtenir facilement une flamme à partir de l'amadou en ignition
(cliché : B. Roussel) |
Le bambou, l’air et la lumière

Briquet pneumatique asiatique en bois
(cliché : B. Roussel).
Parmi les techniques traditionnelles de production du feu, l'une des plus originales reste la percussion d'un bambou contre une roche dure ou un morceau de céramique. Ce mode d'allumage du feu est pourtant bien attesté dans certaines régions d'Asie du Sud-Est. C'est le célèbre naturaliste Alfred Russel Wallace qui a le premier signalé cet étonnant briquet en 1869. Par la suite, plusieurs ethnographes et voyageurs de la fin du XIXe et du XXe siècle ont observé ce mode d'allumage du feu. L'aire de répartition de cette technique semble circonscrite à certaines zones restreintes du sud-est asiatique. On la rencontre aux Philippines, dans la partie malaise de Bornéo et en plusieurs points de l'Indonésie.
Une autre surprenante méthode d’allumage du feu, le briquet pneumatique ou adiabatique, est fondée sur l'augmentation de température induite par la compression de l'air. Le fonctionnement du briquet pneumatique relève d’une loi physique bien connue de toute personne ayant gonflé une roue de vélo : la compression d'un gaz entraîne son échauffement. A l’image d’une petite pompe à vélo, le briquet est composé d'un cylindre étanche, clos à une extrémité, et d'un piston parfaitement ajusté afin d'éviter que l'air ne s’échappe. Il suffit de placer au bout du piston (ou au fond du tube), une matière s'embrasant facilement, comme l'amadou, et de comprimer brutalement l’air contenu dans le cylindre.
Le briquet pneumatique semble avoir eu deux foyers d'apparition : l'un en Asie du Sud-Est, l'autre en Europe.

Briquet solaire de marque Matchless (cliché : B. Roussel).
La concentration de la lumière du soleil permet d'obtenir une chaleur très intense au niveau du foyer de convergence des rayons. Cette technique nécessite l'utilisation d'un miroir concave ou d'un objet jouant le rôle de lentille.
Durant l’Antiquité classique, la concentration des rayons lumineux du soleil a servi notamment pour l’allumage des feux rituels. De même, cette technique était connue en Amérique du Sud et en Amérique centrale ainsi qu’en Chine et en Europe. Dans les années 1970 et 1980, des briquets solaires en plastique connurent une certaine mode et différents modèles furent commercialisés.
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